Algérie

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1 – Constitution et système institutionnel

 

L’Algérie s’est dotée d’une nouvelle Constitution récemment révisée et promulguée le 07 février 2016. En vertu du premier article de la Constitution, « l’Algérie est une République Démocratique et Populaire. Elle est une et indivisible ». L’article 2 établit ensuite l’Islam comme religion d’État. Le régime est présidentiel.

Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour 5 ans renouvelable. La nouvelle Constitution limite  à deux le nombre de mandats présidentiels.

C’est la révision constitutionnelle du 28 Novembre 1996 qui a instauré un parlement bicaméral, composé d’une Assemblée Populaire Nationale (389 membres, élus pour 5 ans), et d’un Conseil de la Nation (144 membres dont un tiers désigné par le Président de la République).

La Constitution a érigé l’autorité judiciaire en pouvoir judiciaire et a affirmé le principe de l’indépendance de la justice des pouvoirs législatif et exécutif.

Le Conseil Constitutionnel est aujourd’hui composé de douze membres, dont quatre magistrats (deux de l’ordre administratif et deux de l’ordre judiciaire) à égalité avec les représentants du parlement et de ceux désignés par le Président de la République.

Outre ses attributions en matière de contrôle de constitutionnalité, le Conseil Constitutionnel veille à la régularité des opérations de référendum, d’élection du Président de la République et d’élections législatives et proclame les résultats de ses opérations.

La question prioritaire de constitutionnalité, nouvelle mesure découlant de la nouvelle Constitution algérienne et prévue pour être mise en œuvre en principe en 2019, placera ce nouveau Conseil Constitutionnel dans une nouvelle dynamique institutionnelle.

Cette nouvelle Constitution est le fruit d’une vaste réflexion lancée en 2014 par le Président de la République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, au sein de la société civile ; elle a surtout permis de  constitutionnaliser  un certain nombre de mesures tenant aux libertés publiques algériennes, notamment celles touchant aux citoyens algériens.

2 – Système juridique 

Le système juridique algérien est fortement inspiré du modèle français, auquel sont ajoutées les traditions juridiques islamiques.

  • L’Algérie s’est dotée de très nombreux codes dans tous les domaines : civil, pénal, commercial, social, administratif, procédure pénale, procédure civile et administrative… Ces codes reprennent beaucoup de lois françaises, en raison d’un système et d’une culture judiciaire communes, à l’exception toutefois du Code de la famille inspiré par des règles de droit musulman.
  • La langue utilisée en justice

Dans le domaine de la justice, les ordonnances no 66-154 et no 66-155 du 8 juin 1966 étaient déjà venues préciser la place de l’arabe, mais le décret du 27 juin 1971 a rendu l’arabe seule langue autorisée. L’article 7 de la loi no 91-05 du 16 janvier 1991 interdit toute autre langue que l’arabe. Le français et le berbère ne sont plus tolérés, sauf en cas de force majeure.

3 – Organisation judiciaire 

L’article 138 de la Constitution affirme l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Le système judiciaire algérien a deux ordres juridictionnels : judiciaire et administratif, avec à leur sommet la Cour Suprême et le Conseil d’État.

Il existe également un tribunal des conflits et une Cour des comptes.

  • L’ordre judiciaire

Le tribunal est la juridiction de première instance, divisée généralement en quatre sections: civile, pénale, prud’homale et commerciale. Le principe du juge unique prévaut dans tous les domaines, à l’exception des mineurs et des matières sociales, matières dans lesquelles le juge est assisté de deux assesseurs non professionnels.

Les pôles pénaux spécialisés :

Le décret exécutif n°06-348 a étendu la compétence territoriale des procureurs de la République, des juges d’instructions et des juges du siège des tribunaux d’Alger (centre de l’Algérie, 12 Cours), Oran (Ouest de l’Algérie, 13 Cours) Constantine (Est de l’Algérie, 17 Cours) et de Ouargla (Sud de l’Algérie, 6 Cours) au ressort des autres tribunaux en matière de criminalité organisée, notamment de trafic de drogue, de crime transnational organisé, de blanchiment d’argent, d’infractions relatives à la législation des changes et de criminalité financière.

Ces pôles pénaux spécialisés ont été créés en 2004 à l’image des juridictions interrégionales spécialisées françaises (JIRS). Des règles dérogatoires au droit commun ont été instaurées au profit de ces juridictions qui ont été dans le même temps dotées de compétence en termes de techniques d’investigations (écoutes téléphoniques, infiltration, sonorisation).

Contrairement à notre législation, ces pôles à compétence élargie connaissent également du contentieux lié à la lutte contre le terrorisme. Chaque pôle est composé de magistrats spécialisés.

Le tribunal criminel est la juridiction compétente pour connaître des faits qualifiés de crimes, délits et contraventions qui leur sont connexes ainsi que des crimes qualifiés d’actes subversifs et terroristes renvoyés par arrêt définitif de la chambre d’accusation.

Il statue en dernier ressort, avec trois magistrats assistés de deux assesseurs-jurés.

Si l’ordonnance de 1997 relative au découpage judiciaire avait initialement  institué 36 Cours, il en existe aujourd’hui 48, à l’instar de nombre de wilayas (départements) existantes en Algérie. La Cour est une juridiction d’appel qui statue en forme collégiale. Chaque cour est divisée en plusieurs chambres, lesquelles peuvent se diviser en sections. La Chambre d’accusation contrôle et surveille l’activité des juges d’instruction mais également des officiers de police judiciaire.

La Cour suprême algérienne, créée en 1963, mais régie actuellement par une loi de 1989, connaît des pourvois en cassation formés contre les jugements rendus en dernier ressort par les tribunaux et les cours. A ce jour, 187 magistrats composent la Cour suprême dont 167 relevant du siège et 20 du parquet général.

  • L’ordre administratif

Les tribunaux administratifs constituent des juridictions de droit commun en matière administrative. Il existe 37 tribunaux administratifs. Leurs décisions sont susceptibles d’appel devant le Conseil d’État. Pour statuer valablement, le tribunal administratif doit comprendre au moins trois magistrats. Les magistrats du tribunal administratif sont soumis au statut de la magistrature et relèvent du même statut que celui des magistrats de l’ordre judiciaire. Le tribunal administratif est  organisé en chambres qui peuvent être subdivisées en sections.

Les juridictions administratives font donc partie du même ordre juridictionnel que les juridictions de l’ordre judiciaire. Les magistrats de l’ordre judiciaire peuvent durant leur carrière exercer dans des juridictions de l’ordre administratif et inversement.

Le Conseil d’État algérien a été institué en 1998. Il constitue l’organe régulateur de l’activité des juridictions administratives. Il exerce une fonction consultative et donne son avis sur les projets de lois avant leur examen par le Conseil des ministres.

En matière juridictionnelle, le Conseil d’État connaît en premier et dernier ressort :

– des recours en annulation formés contre les décisions réglementaires ou individuelles émanant des autorités administratives centrales, des institutions publiques nationales et des organisations professionnelles nationales.

– des recours en interprétation et des recours en appréciation de la légalité des actes dont le contentieux relève du Conseil d’État.

Il connaît, en appel, des jugements rendus en premier ressort par les juridictions administratives.

  • Le tribunal militaire

Il constitue une juridiction d’exception chargée de juger certaines incriminations propres aux armées et aux personnes ayant la qualité de militaire. Ses décisions relèvent du contrôle de la Cour Suprême.

4 – Statut et formation des magistrats et des personnels de justice

  • Les magistrats

Une loi organique relative au statut de la magistrature a été adoptée en 2004. Elle a pour objectif de renforcer l’indépendance des magistrats du siège, de consacrer le principe de la dualité de juridiction, de poursuivre la politique de formation continue et l’information des magistrats, de préciser le régime de retraite des magistrats, de réhabiliter le Conseil supérieur de la magistrature en lui donnant une autonomie financière et en renforçant sa composante élue tout en le confortant dans son pouvoir décisionnel.

Les magistrats ne peuvent adhérer à aucun parti politique (article 14 du statut de la magistrature), ils ne peuvent exercer aucun mandat électif politique, aucune activité publique ou privée lucrative.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) est présidé par le Président de la République, le Ministre de la justice en est le vice-président mais il est composé en majorité de magistrats élus par leurs pairs Le CSM décide des nominations, des mutations et du déroulement de la carrière des magistrats. Lorsqu’il statue en matière disciplinaire, le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par le Premier Président de la Cour Suprême.

L’école supérieure de la magistrature (ESM) a été créée en 1990. Cet établissement, placé sous la tutelle du ministère de la justice, est chargé de la formation initiale et de la formation continue. La durée de la formation initiale est fixée à trois ans. La formation à l’école comprend des périodes d’enseignement et des périodes de stages pratiques en juridiction (tribunaux et cours). La troisième année de formation est sanctionnée par des épreuves écrites et orales, organisées à l’école dans le cadre de l’examen de sortie Cet examen donne lieu à un classement qui permet aux élèves magistrats de choisir, par ordre de mérite, leur poste d’affectation sur une liste proposée par le Ministre de la justice.

  • Les greffiers

Le corps des greffes est géré par un décret de 1990, il est divisé en deux corps spécifiques : greffiers divisionnaires et greffiers.

5 – Application des peines et système pénitentiaire

Le secteur pénitentiaire compte 133 établissements et un personnel de 14.853 agents toutes catégories confondues, pour une population carcérale de plus de 60. 000 détenus dont 10,5% à titre préventif pour une population de l’ordre de 40 millions d’habitants. Le nombre de mineurs détenus varie entre 600 et 700 soit moins de 1,5% et le pourcentage de femmes n’atteint pas 1,75% des effectifs globaux.

Les 133 établissements pénitentiaires sont répartis en 79 établissements de prévention implantés auprès d’un tribunal et qui reçoivent les détenus, 44 établissements de rééducation placés auprès de chaque Cour et qui accueillent les détenus provisoires et les condamnés définitifs à une peine privative de liberté comprise entre deux et cinq ans, 10 établissements de réadaptation qui reçoivent les condamnés définitifs à des peines d’une durée supérieure à 5 ans.

L’Algérie a engagé un vaste programme d’implantation d’établissements pénitentiaires de milieu ouvert : 36 services extérieurs sont prévus.

La gestion de ce secteur est à la charge de la direction générale de l’administration pénitentiaire et de la rééducation (DGAPR), créée par le décret 98-202 du 20 juin 1998.

Une importante réforme a été votée en 2015 en Algérie instaurant la mesure de placement sous surveillance électronique au profit des détenus en fin de peine, l’idée étant de désengorger les établissements pénitentiaires et de favoriser davantage la réinsertion sociale des détenus.

Une importante réforme du Code de procédure pénale  a été également mise en œuvre le 23 janvier 2016 dont les principales mesures sont :

– la mise en place de la procédure de la comparution immédiate,

– l’instauration de mesures alternatives aux poursuites pénales dont l’objectif étant d’alléger les audiences correctionnelles, notamment dans le contentieux routier.

6 – Justice des mineurs

Le système algérien de la justice des mineurs est assez semblable au système français : il existe un juge des mineurs assisté en matière pénale de deux assesseurs spécialistes de la jeunesse mais non professionnels. L’âge minimum de la responsabilité pénale est fixé à 13 ans. Un Code de la jeunesse a été récemment promulgué.

Selon l’article 49 du Code pénal, les mineurs de 13 ans font l’objet de mesure de « protection » ou de « rééducation ». En matière de contravention, les mineurs ne sont passibles que d’une admonestation. Concernant les mineurs âgés de plus de treize ans, ces derniers peuvent faire l’objet soit de mesures de protection ou de rééducation, soit de peines atténuées. L’incarcération des mineurs se fait au sein des deux centres spécialisés pour mineurs que possède le pays.

S’il est décidé qu’un mineur de 13 à 18 ans doit faire l’objet d’une condamnation pénale, les peines, fixées par l’article 50 du Code pénal, sont les suivantes :

  • s’il a encouru la peine de mort ou la réclusion perpétuelle, il est condamné à une peine de 10 à 20 ans d’emprisonnement ;
  • s’il a encouru la réclusion ou l’emprisonnement à temps, il est condamné à l’emprisonnement pour un temps égal à la moitié de celui auquel il aurait pu être condamné s’il eût été majeur.

Aux termes de l’article 51 du Code pénal, le mineur de 13 à 18 ans auteur d’une contravention n’est passible que d’une admonestation ou d’une peine d’amende.

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